Portishead - Third
Portishead, on ne les attendait plus. Maintes fois annoncé et repoussé, sujet de folles rumeurs et de plagiats malhonnêtes, le nouvel album du groupe, Third, sort enfin, dix ans après Portishead. Les fantasmes vont tomber, au profit d’une réalité autrement plus excitante.
Excitant, un album de Portishead ? (Ca semble difficile à croire, tant les lamentations de Beth Gibbons ne poussent pas à la gaudriole.) On aura beau avoir cessé de croire à la sortie du disque des pionniers du trip hop, Third nous ramène dix ans en arrière, avant de nous projeter dix en avant. J’en vois déjà frémir, parmi ceux qui avaient enterré Portishead dans le cimetière des groupes-coléoptères, magnifiques en leur temps et morts avant de dire ouf.
Le trip hop est mort
Depuis le fatidique passage de l’an 2000, Morcheeba donne dans la pop rock, Massive Attack dans l’élecro molassone, Tricky dans le rock bizarrement FM et Archive dans le progressif. Nul doute que le trip hop est bien mort, non pas par la disparition de ses protagonistes mais de ses clichés musicaux.
Pourtant, Third entretient parfois un lien ténu avec la grandeur d’autrefois. Si l’on fait abstraction de la poudre kraut-rock ou indus jeté aux yeux par "Silence", "Machine Gun", "We Carry On" et "The Rip", la poignée de titres restants présente bien ces rythmiques syncopées, ces orgues psychédéliques et ce chant fragile qui ont fait la joie (doux oxymore) des fans de Portishead. On retrouve en outre la science fiction 50’s façon "les martiens débarquent" sur les cordes stridentes de "Threads" ou "Silence", morceaux mi-flippants mi-flippés. Des paroles couleur gris pluie transpercent l’épais manteau de l’auditeur anglophone : "I’d like to laugh at what you said / But I just can find a smile / Wonder why it came / A struggle with myself" ("Nylon Smile"). Au détour d’une ballade embrumée de réverbération d’un autre âge comme "Hunter", le passant se souviendra du projet de Beth Gibbons avec Rustin Mann. Furtifs éclats du passé… mais qui n’ont rien à envier au présent.
Source : Fluctua.net








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