Mouss et Hakim à l’heure de l’«Apéro »
apéros d’Origines contrôlées Samedi à la Cigale, 120, bd Rochechouart, 75018. Rens. : 01 49 25 81 75. CD : Origines contrôlées (Atmosphériques)
«Allez-y, faites parler le patrimoine commun», encourage Mouss en commençant Ya Rayah dans la cave du French K-Wa, un bar du XXe arrondissement de Paris où, avec son frère Hakim, ils donnent un de leurs Apéros d’origines contrôlées (AOC). Pendant l’année qui a suivi la sortie de leur disque, compilant et reprenant à leur sauce les chansons préférées de leur père, immigré algérien, les deux frères, anciens membres de Zebda, ont accompagné les concerts de ces apéritifs où ils diffusent un documentaire, Trésors de scopitones, de Michèle Collery ; jouent au milieu des piliers de bars, puis discutent avec les chibanis (les «anciens») et les plus jeunes.
En cette fin novembre, le café est rempli de jeunes gens de toutes origines, venus profiter du couscous gratuit et d’un cours d’histoire ludique. Une jolie trentenaire n’arrête pas d’interpeller son compagnon : «Ecoute celle-là, elle est géniale, mon père la chantait.» Mouss et Hakim ont essayé de retrouver les 200 bars où les pères, venus seuls d’Afrique du Nord, se rencontraient le soir après une journée à l’usine : «Ces bistrots, raconte Mouss, se situaient à Paris ou à Roubaix. Les cabarets à Marseille, c’est venu après.»
Le French K-Wa n’existait pas encore, mais il se trouve en face de l’emplacement de celui où tous les musiciens algériens convergeaient à Paris à la fin des années 60. Aujourd’hui, c’est un lavomatic. Accoudé au comptoir, Kamel Hamadi, la soixantaine, est encore là pour le raconter aux deux Toulousains : «Il nous a dit, rapporte Mouss, qu’ils allaient là parce que le patron était aussi le percussionniste d’Aït Menguelet. Ces bars ont fermé quand il y a eu le regroupement familial. Les hommes les fréquentaient car ils vivaient seuls en France. Les historiens de l’immigration appellent cela la période de l’entre-soi. Je trouve ça plus joli que le communautarisme.» Dans les scopitones diffusés sur le mur, les hommes chantent au milieu de belles blondes en minijupe, noient leur mal du pays dans l’alcool : «Une chanson raconte à la famille restée au bled, décrypte Hakim, "Laisse-le, laisse-le, place Pigalle lui est montée à la tête." Dans un scopitone, il y a même les vraies Claudettes car Claude François soutenait un groupe kabyle, les Zabranis.»
A écouter Kamel Hamadi, ils ont aussi côtoyé, comme les jazzmen afro-américains, le Saint-Germain-des-Près de l’époque. Lui décortiquait les gammes orientales pour Boris Vian. Et Mouss de s’extasier devant les histoires rapportées dans leurs AOC : «Certains ont même croisé Jim Morrison à Barbès. La légende cite aussi Bob Marley. Peu importe si ce n’est pas vrai, je veux juste bien le croire.»
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